Prime de performance des cadres divisée par 2 en avril 2026 ? Le legs empoisonné de Luca de Meo

La prime de performance des cadres, versée en avril, repose sur un % du forfait annuel (6% pour les cadres « de base », 8% puis bien plus quand on monte dans la hiérarchie). Cette base est ensuite multipliée par plusieurs facteurs (facteur « individuel », facteur lié aux « performances » de l’entité, facteur lié à l’atteinte des objectifs financiers du groupe). C’est ce dernier facteur qui va poser problème pour la prime versée en avril 2026 : il se base en effet sur les objectifs financiers annoncés le 20 février 2025 par Luca de Meo (7% de marge opérationnelle et 2 milliards de FCF) et non pas sur ceux révisés par la nouvelle équipe de direction en juillet 2025 (6.5% de marge opérationnelle et 1 milliard de Free-Cash-Flow).

Le calcul est drastique : pour avoir 100% de la prime, il faut que ces objectifs initiaux soient strictement atteints et tout le monde sait qu'ils ne le seront pas. Pire encore, si Renault atteint les objectifs révisés, la prime aurait tout simplement dû être égale à 0 pour tous les cadres ! En dessous de 6.7% de marge operationnelle ou de 1.8 milliard de FCF, c'était zéro pointé, voir document ci-dessus issu d’une présentation direction. Pour éviter le scandale, la direction a revu à la baisse le seuil déclencheur : 6.3% de MOP au lieu de 6.7% et 1 milliard de FCF au lieu de 1.8. Mais les autres paramètre du calcul ne changent pas. Si les objectifs financiers révisés sont atteints, la prime des cadres sera quasiment divisée par 2 !

T028 Effectifs JS Prime 111025 

Et c'est là qu'il faut revenir sur l'annonce des objectifs financiers 2025 initiaux par L. de Meo. L'article du journal Le Monde "L'énorme chèque de bienvenue de Luca de Meo chez Keiring" daté du 31 juillet 2025 révèle que celui-ci a négocié son contrat d'arrivée dans le groupe de luxe au moment de cette annonce. L. de Meo a indiqué à Keiring qu'en quittant Renault, il perdrait des actions que le constructeur devait lui verser gratuitement jusqu'à la fin de son mandat. Il a donc demandé une "prime d'accueil" basée sur la valeur de l'action Renault entre la mi-février 2025 et la mi-mars 2025. Il avait donc un intérêt tout personnel à voir grimper l'action dans cette courte période. Et quoi de mieux pour cela que d'annoncer des objectifs financiers très prometteurs le 20 février 2025 ? De fait, sa prime a été calculée avec une valeur de l'action de 49,42€ (elle est à 35€ aujourd'hui), ce qui conduit à un montant de 20 millions € ! Le problème, évidemment, c'est que ces objectifs grandioses sont parfaitement inatteignables, même avec les recettes de réduction drastique de moyens, de gel des embauches voire de plan de suppressions d'emplois (comme l'annonce la presse).

Si la prime des cadres risque d'être quasiment divisée par 2 en avril 2026, c'est donc parce que L. de Meo avait un intérêt tout personnel à gonfler les objectifs financiers. C'est scandaleux !

Des augmentations de salaire plutôt que des primes !

Cela montre aussi le "miroir aux alouettes" que constituent ces primes aléatoires dont la direction fixe les critères dans son coin. Les augmentations de salaires, il n'y a rien de mieux pour ne pas subir les aléas d'un système capitaliste de plus en plus instable et permettre de faire face à l'augmentation des prix. Alors, quel que soit notre statut, il faudra se mobiliser pour exiger de véritables augmentations de salaires pour tous, pas simplement des miettes individualisée et des primes aléatoires.